
Vous ne connaissez probablement pas son nom, mais attendez un peu de connaître son histoire, et vous ne pourrez qu’être impressionnés par son parcours. On parle ici de Maryse Carmichael, pilote militaire canadien, membre des Forces armées canadiennes de 1990 à 2013, et qui a entre autres été commandant de la patrouille acrobatique des Snowbirds canadiens pendant trois ans.
Originaire de Québec, elle a passé sa jeunesse à Beauport avec ses trois frères, et un événement marquant l’a amenée à faire partie des Cadets de l’air. « J’étais assez jeune, je devais avoir sept ou huit ans, dit-elle, lorsqu’on est allé assister au Spectacle aérien international, à Bagotville. C’était la première fois que je découvrais ce qu’était du vol en formation, et aussi la première fois que je voyais les Snowbirds. Je me souviens très bien de ce spectacle aérien et de m’être demandé quel genre de personne pilotait ces avions, et comment ils faisaient. »
La petite fille que j’étais a réalisé son rêve d’enfance de voler. J’ai été la 39e femme à joindre les Forces canadiennes en tant que pilote. Et quand je suis allé étudier en Saskatchewan, il y avait une centaine d’étudiants et j’étais la seule femme.
Dès lors, le goût de voler, de s’asseoir un jour dans un poste de pilotage d’un avion est né chez la fillette.
« Plus tard, mes trois frères ont fait partie des Cadets de l’air et moi, j’ai suivi. Je dois beaucoup au mouvement des Cadets de l’air. On parle de discipline, de respect, de leadership et bien sûr d’aviation. C’est là que j’ai reçu deux bourses : une pour faire ma licence de pilote de planeur, et la seconde pour faire ma licence de pilote privé. À 16 et 17 ans, quand on part avec un petit Cessna de Trois-Rivières à Québec, puis à Drummondville, et retour à Trois-Rivières, tout ça sans même avoir obtenu encore mon permis de conduire. C’était quand même quelque chose, et ça donne une bonne dose de confiance en soi », confie-t-elle.

Les parents de l’adolescente l’appuyaient dans ses projets. « Je pense même que ma mère fait partie d’une génération de femmes qui auraient beaucoup aimé faire ce que j’ai fait. Dans le temps, ce n’était pas possible. Quand j’étais avec les Snowbirds, il y a des dames d’un certain âge qui sont venues me voir pour me dire qu’elles auraient tellement aimé faire ça. »
Quand Maryse Carmichael a vu son frère Eddie rejoindre les Forces canadiennes, elle a tout de suite pensé que s’il était capable de faire ça, elle le pouvait aussi. « Ma mère nous traitait tous comme des égaux, alors j’ai voulu suivre ses traces. Il était pilote d’hélicoptère dans les Forces comme, et on a été instructeurs ensemble à Saskatchewan. Il vole maintenant pour le Gouvernement du Québec. »
Il demeure que les femmes n’étaient pas légion à l’époque – on parle de 1990 –, à vouloir devenir membres des Forces armées. « J’avais vu une femme qui s’était enrôlée en même temps que mon frère. Je la connaissais à peine et malheureusement, elle a échoué quand elle a fait son cours de pilote de jet. J’ai su à un moment que j’étais la 39e femme à joindre les Forces canadiennes en tant que pilote. Et quand je suis allé étudier en Saskatchewan, il y avait une centaine d’étudiants et j’étais la seule femme », raconte celle qui n’a jamais eu froid aux yeux.
Après avoir complété son cours en 1994, elle a été instructrice de vol, puis a été affectée à des bases militaires canadiennes. C’est en 2001 qu’elle a en quelque sorte réalisé son rêve d’enfance, rejoignant la patrouille acrobatique des Snowbirds. « J’ai repensé à la petite fille que j’étais et qui avait tant apprécié ce spectacle. Lorsqu’on est sur le circuit, qu’on fait des spectacles avec les Snowbirds, on les voit ces enfants-là. Ceux qui viennent nous voir, et même ceux qui ne viennent pas nous trouver. Dans les premières semaines que j’ai fait des spectacles aériens, nous sommes allés à Québec. Je retournais donc dans ma ville natale, c’était les 9 et 10 juin 2001. C’était un week-end extraordinaire, il faisait beau et il y avait l’équipe américaine, les Blue Angels, qui faisaient le spectacle avec nous. Or, sans le savoir, il y avait une petite fille dans la foule, Sarah Dallaire, qui venait de Lévis. Elle était âgée de 12 ans et venait de se casser le fémur, et elle se déplaçait avec des béquilles. Quand elle m’a vu voler ce jour-là, elle a décidé qu’elle voulait devenir pilote militaire, et peut-être même joindre les Snowbirds un jour. Imaginez : j’étais en Saskatchewan quand elle est devenue Snowbird, elle a été la deuxième femme seulement, 18 ans après moi, à en faire partie » ajoute Mme Carmichael, qui en mai 2010, a été nommée Commandante des Snowbirds, et elle fait partie du Panthéon de l’aviation canadienne.

Aujourd’hui à la retraite, Mme Charmichael confie, lorsque je lui demande si ça lui manque de voler, qu’elle s’ennuie de faire partie d’un groupe professionnel. « Dans mon cas, on était neuf pilotes de démonstration et on vivait ensemble presque 24/7 pendant les six mois de spectacles aériens. C’étaient des gens à qui je faisais absolument confiance. Quand on vole et que notre bout d’aile est à deux mètres du bout d’aile de notre confrère, il faut lui faire confiance. C’est le travail d’équipe ultime, c’est le professionnalisme, le respect de la discipline de voler tout le monde ensemble. Et si on a des problèmes, il faut revenir au sol, s’en parler et trouver des solutions afin que ça ne se reproduise plus. Les Snowbirds sont là pour démontrer au public canadien ce que les hommes et les femmes des Forces canadiennes font de jour en jour » précise la femme qui, malheureusement, dit-elle, n’a pas eu l’occasion d’être déployée à l’étranger.
Pour elle, l’important au cours de sa carrière a été de faire le travail, d’avoir gagné la confiance et obtenu le respect des gens qu’elle a côtoyés de près. Mission accomplie.
Nous voulons remercier les Anciens Combattants Canada pour leur collaboration.

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