
Qui n’a pas pris quelques minutes de son temps en rêvassant devant une vieille photo. Le simple fait de voir une image figée dans le temps est assez pour que des souvenirs reviennent à la surface. Qui ne se souvient pas des soirées « retour de vacances » où des parents ou amis s’installaient sur la table de cuisine avec des albums photos gigantesques et nous racontaient l’histoire particulière d’une simple prise de vue. Les plus « chanceux » avaient droit à un diaporama projeté sur la porte d’un réfrigérateur, un drap blanc ou un simple mur. Quelques fois on aurait voulu être ailleurs…
Mais que de souvenirs. Que de souvenirs de voir nos parents sortir l’album familial pour nous faire honte devant nos prétendants ou prétendantes. On aurait cette fois voulu passer entre le mur et la peinture. Tout de même des souvenirs à chérir.
Cependant, technologie oblige, les 35 mm de nos enfances, les polaroïds, Kodak disc, caméras jetables et autres objets capteurs de souvenirs ont fait place à la technologie, à la numérisation des moments clés de notre vie et nous sommes collectivement devenus des photographes quand nos téléphones ont cessé d’être des téléphones et sont devenus des discmans, des ipods, des télés et des appareils photo qui nous suivent en permanence. Mais le fait de numériser nos souvenirs ne fait pas en sorte que nous dévoilons les anecdotes les accompagnant. Nous pouvons stocker des milliers de moments sans jamais les partager.
La perte de la mémoire est dantesque tant pour la personne affligée que pour les proches. L’Alzheimer est une terrible maladie. Cette affection neurodégénérative provoque un trouble de la mémoire, des troubles du langage, du jugement et de l’autonomie. Il est aussi malheureusement courant que le cerveau des personnes âgées leur joue des tours et que la mémoire à court terme vient à faire défaut.
En tant qu’aidante naturelle, je vis et je vois les dommages d’une perte de mémoire. Je peux presque toucher le désespoir des proches lorsqu’ils sont devant cette terrible situation, cette rupture entre nos souvenirs et ceux des personnes qu’on aime. On se doit de raviver cette flamme, de souffler sur les braises afin de voir une lueur, si petite soit-elle, dans les yeux de nos protégés. Pour quelques instants, revivre le passé qu’ils ont tant choyé.
Mais réchauffer la mémoire prend des stimuli et nous en sommes porteurs. Prendre les albums familiaux, les boîtes de photos, les souvenirs imprimés et les partager. Pas sur un écran impersonnel, mais à la bonne franquette; toucher de nos mains, les tendres, puisque le toucher peut aussi réanimer la mémoire, et voir la magie des souvenirs faire son œuvre. Pour un instant, votre être aimé retournera dans son passé que son cerveau tente de lui cacher et qui sait, une lueur viendra certainement scintiller son regard.
Gardons nos photos imprimées bien au sec dans de vieilles boîtes de chaussures. Nous aurons peut-être besoin de toucher nos souvenirs à notre tour un jour.
