
Dupuis Frères. Avant-gardistes du commerce électronique.
Fondée en 1868 par Nazaire Dupuis, cette enseigne purement montréalaise représentait l’entrepreneuriat québécois (Canadienne française à l’époque) dans un monde économique dominé par les Anglais.
Le 28 avril 1968, c’est au 865 Sainte-Catherine Est que Nazaire ouvre un petit magasin de nouveautés. Il parvient à convaincre plusieurs de ses frères à embarquer dans l’aventure et le magasin devient alors Dupuis & Frères. Six ans plus tard, à la suite du décès du fondateur, la famille reprend les rênes de l’entreprise.
En 1882, l’entreprise déménage aux coins des rues Saint-André et Sainte-Catherine et y restera jusqu’à sa fermeture définitive en 1978. C’est aussi en cette année que Narcisse, le benjamin du clan Dupuis fait son entrée dans l’entreprise. C’est lui, qui en 1921, remarque le succès de la vente par catalogue de Simpson et Eaton et décide de créer son propres catalogue et distribution par la poste. Le premier catalogue a été imprimé 22 000 exemplaires, et proposait 567 articles sur 22 pages.
Avant son temps, Dupuis Frères proposait du commerce électronique, puisque les commandes étaient faites par téléphones et télégraphes puis livrées par la poste. De plus, dans un coup de génie, en 1930, ils envoyaient de « bons pères de famille » de par les paroisses, et demandaient aux curés de promouvoir des soirées de films gratuits qui se terminaient par la distribution d’un catalogue. Les curés se voyaient naturellement offrir un petit cadeau. L’utilisation d’influenceurs venait de voir le jour !

À son sommet, l’entreprise comptait dans les années 1950, environ 1 500 personnes travaillent au sein de l’entreprise. Son déclin s’est amorcé en 1952 avec la grève d’une importante majorité des employés. La grève dure 13 semaines et se termine avec la victoire des employés et de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada. En 1976, la direction décrète un lock-out et, adossée à des problèmes financiers, la célèbre enseigne ferme ses portes inopinément le 27 janvier 1978.
Steinberg. L’épicerie moderne.
En 1917, une immigrante polonaise Ida Steinberg ouvre une minuscule épicerie sur la rue Saint-Laurent à Montréal. Travailleuse acharnée, elle doit élever seule ses 6 enfants qui devront contribuer à l’entreprise très familiale! Sam à 12 ans, pour qui l’appel des affaires est plus important que l’appel des études comprendra rapidement que le modèle actuel de l’épicerie, ou un commis derrière un comptoir qui vous apporte ce dont vous avez besoin est révolu et que les consommateurs en veulent plus. En 1934, ce visionnaire ouvre sa première épicerie « libre-service » qui connaitra un succès instantané. Vous pouviez choisir vous-même vos produits, les empiler dans un chariot et passer à la caisse.
Sam a aussi pressenti l’exode vers les banlieues et la croissance rapide de l’automobile. Il installe ses supermarchés en périphérie de Montréal et Québec tout en prenant soin de bien aménager de nombreuses places de stationnement et des espaces de cueillette de vos emplettes. Sam avait la bosse des affaires, il a vite compris que l’expansion des banlieues allait de pair avec le regroupement des marchands en centres d’achats, communément appelés « strip mall » en anglais et que les autres commerces de proximité bénéficieront d’un aimant tel qu’un supermarché.

À son apogée en 1987, l’entreprise et ses filiales exploitent plus de 300 supermarchés et épiceries, 24 grands magasins, 150 restaurants et 35 centres commerciaux tandis que ses revenus d’exploitation s’élèvent 4,5 milliards de dollars (12,8 milliards en dollars d’aujourd’hui) et ses actifs, à 1,5 milliard de dollars (4,2 milliards aujourd’hui). Elle emploie plus de 36 000 personnes.
Pourtant, moins de 2 ans plus tard, suite à une querelle acrimonieuse des filles de Sam, l’entreprise sera démantelée et vendue. La fin de l’empire Steinberg est bien réelle.

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