
L’histoire que vous allez lire est pour le moins singulière et à la fois inspirante. Du genre qui fait vraiment du bien. Vous connaissez peut-être Jean-Sébastien Di Fruscia, pour l’avoir vu alors qu’il a participé l’an dernier à l’émission MasterChef Québec, mais au-delà de cela, son parcours et son dévouement pour les personnes aux soins palliatifs est vraiment remarquables.
Ce médecin de famille a mis sur pied un projet, À feu doux, qui lui permet d’allier son travail et sa passion pour la cuisine, puisqu’il prépare des repas pour des personnes en fin de vie. C’est remarquable, et ces gens qui bénéficient de ce service sont évidemment enchantés de pouvoir déguster un succulent repas.
« Tout au long de l’aventure de Masterchef, tout le monde avait des projets. Pour un, c’était de faire des vidéos, une autre voulait faire un livre de recettes, et moi je les écoutais parler, et je me demandais si j’avais moi aussi un projet. J’ai une bonne job, j’adore ce que je fais, et je ne lâcherai pas ma job au quotidien pour ouvrir un restaurant. Je me disais que j’allais continuer à y penser et au mois de juillet 2025, j’étais à la maison de soins palliatifs La Source Bleue, à Boucherville, et j’ai rencontré une patiente qui disait à quel point elle aimait manger. Le flash m’a traversé le corps au grand complet : je venais de trouver mon projet, pour moi, ça a été une évidence. J’ai eu l’idée d’aller faire des repas gastronomiques chez des gens en fin de vie, à la maison. On va essayer d’élever leur plat préféré à un niveau plus gastronomique, leur offrir une expérience de restaurant à la maison » confie le médecin-chef.

Il a même poussé le projet plus loin : avec l’accord des gens, il a décidé de filmer toutes ces expériences. « Pour apprendre à connaître la personne derrière sa maladie, dit-il. C’est ça l’objectif, c’est une expérience ; la bouffe n’est qu’un véhicule comme toile de fond. » On peut d’ailleurs voir ces vidéos sur le site afeudoux.ca.
Jean-Sébastien Di Fruscia a participé à plusieurs émissions de radio et de télévision pour parler de ce projet dans lequel il s’est lancé. « Je regarde comment tout ça est en train de se développer, et ce que je voulais, avec cette idée, était de faire rayonner les soins palliatifs et d’offrir de bonnes expériences aux gens. Si seulement ça avait été atteint, j’aurais été content, mais là, c’est en train de prendre des perspectives différentes qui sont bien intéressantes. »
Évidemment, ce n’est que du gros bonheur et beaucoup d’émotions pour les gens qui ont eu la chance de se faire préparer des repas par Jean-Sébastien et son équipe. « Il n’y a personne qui n’a pas pleuré au moins une fois dans sa journée. C’est beau de voir le bonheur que ça procure à ces personnes-là. Souvent, ces personnes ne peuvent plus sortir parce qu’elles sont trop faibles, alors on leur fait vivre une belle expérience. C’est là qu’on se rend compte que ça ne prend pas grand-chose pour faire plaisir à nos aînés. On parle de gens ici qui ont un cancer de stade 4, qui ont un pronostic de vie de 3 à 6 mois, mais simplement s’occuper de nos personnes âgées, et d’aller les voir et les visiter, ça leur ferait tout autant de bien » ajout-t-il avec justesse.
Un parcours particulier
Il faut savoir aussi que c’est à l’âge de 35 ans que Jean-Sébastien a décidé de retourner sur les bancs d’école. Il n’avait pas envisagé, lorsqu’il était jeune, de devenir médecin. Auparavant, il avait travaillé dans le domaine de la production audiovisuelle pendant une dizaine d’années.
« En fait, ironiquement, quand j’étais ado, je voulais être vétérinaire, et en reprenant mes études, mon idée première était d’être vétérinaire. Sauf que les places en médecine vétérinaire sont limitées parce qu’il y a seulement une université québécoise qui le donne. Je suis rentré en médecine à l’université, ça m’a pris deux ans pour faire toutes mes cours de base, puis j’ai fini un baccalauréat à l’Université du Québec à Montréal», raconte-t-il.
Jean-Sébastien dévoile comment il en est venu à œuvrer aux soins palliatifs. « Quand j’ai commencé à faire mes stages pendant mon externat, j’en ai fait un de microbiote à Sherbrooke. Il y avait une femme de 36 ans qui avait un cancer du foie génétique foudroyant, elle avait mon âge à l’époque ; elle était sur le point de s’en aller vers les soins palliatifs. À un moment donné, je me suis assis avec elle, on a discuté pendant environ trente minutes dans sa chambre. Elle m’a parlé d’elle, de sa maladie, et m’a dit : « Je sais que je m’en vais en soins palliatifs, ça va être ça la job des médecins de juste s’assurer que je sois confortable, de prendre le temps de m’écouter, d’oublier la guérison, et juste d’être là pour du support au quotidien et pour s’assurer que je suis bien. » À partir de ce moment-là, et quand j’ai fait mon premier stage de soins palliatifs, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire » ajoute celui qui est médecin généraliste au GMF Samuel-de-Champlain à Brossard.
Quant à son expérience à MasterChef Québec, Jean-Sébastien a terminé quatrième sur seize candidats. « Je ne pensais jamais me rendre loin comme ça. Jamais ! Je pensais faire trois ou quatre semaines, puis me faire éliminer. »
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