
Lorsqu’il a fait une première apparition à l’émission Zénith en janvier dernier, Joël Denis a fait le bonheur de tous ceux qui ont suivi sa carrière, et étonné quantité de téléspectateurs, jeunes et moins jeunes, par sa vitalité. À 89 ans, celui qui a eu une carrière bien remplie, et qui n’est pas terminée, m’a reçu chez lui et y est allé de propos fort intéressants.
« Les gens pensent que je ne fais plus de spectacles, mais je n’ai jamais arrêté. J’ai fait tellement de télé – Jeunesse d’aujourd’hui, Les tannants, Le Music-Hall des jeunes –, je peux dire que j’ai eu ma part du gâteau. Je me suis promené en province, j’ai fait des spectacles dans des cabarets, des restaurants, des RPA, et j’en fais environ vingt-cinq, trente par année. Et là, je vais me produire à L’Espace St-Denis le 26 avril », annonce-t-il.
Joël Denis – Hier à aujourd’hui, constitue la tournée d’adieu du fantaisiste., dit celui qui compte soixante-cinq ans de métier et qui s’est véritablement fait connaître du grand public aux côtés de Pierre Lalonde, de 1962 à 1965 à Télé-Métropole.
« Avant de commencer dans le métier, j’ai fait toutes sortes de cochonneries; j’ai travaillé dans les assurances trois jours et… je me suis fait congédier. Ensuite, j’ai travaillé pour les peintures Sherwin-Williams et je suis parti de là, ça ne m’intéressait pas ces métiers-là. Je restais chez mes parents et je ne faisais rien, je n’avais pas de motivation pour rien. Un moment donné, mon père m’a dit : « Lève-toi et va te trouver du boulot », et je suis devenu garçon de table chantant au Café Saint-Jacques. Je recevais 20$ par semaine, et j’en faisais 300$ avec les pourboires. Quand j’arrivais chez nous, ma mère n’en revenait pas (…) Quand Jacques Normand est arrivé de Paris, il m’a vu travailler, m’a entendu chanter, et il m’a engagé pour travailler avec lui, avec Roger Baulu et Billy Monroe. Je capotais, je suis devenu une vedette! »
Un parcours très varié

Joël a été nommé Découverte de l’année en 1960, à l’émission Music-Hall présentée à Radio-Canada. « C’est grâce à la chanson de Yves Montand, La fête à Loulou, sur laquelle je dansais le Charleston. Quand je faisais Le danseur de Charleston à Radio-Canada, les talons me touchaient en haut des fesses! Imagine-toi aujourd’hui… disons que la patte est un peu plus basse, dit-il en riant. Je danse encore, mais ce n’est plus la même chose. Mes plus grands amis à l’époque étaient La Poune et Olivier Guimond, j’ai travaillé avec eux, j’ai vécu de belles choses » confie celui qui s’est retrouvé avec sa femme, au printemps 1969, dans le lit occupé par John Lennon et Yoko Ono, lors de leur bed-in à l’Hôtel Reine Élizabeth.
Et Joël de raconter un moment de sa carrière où il a fait sensation à Toronto. « J’ai volé le show à la chanteuse Diahann Carrol, en première partie de son spectacle. De Gaulle venait d’arriver à Montréal et quand il a dit « Vive le Québec libre! », j’ai décidé de m’en servir à Toronto. Je suis le premier à entrer sur scène du OKeefe Center. C’est grand comme la Place des Arts, je vais faire deux chansons. Mais je n’ai même pas chanté encore et le monde est debout et m’applaudit parce que j’ai dit en anglais : « When you’re very young, when you’re twenty years old, you make love often. When you’re forthy, fifthy years old, you make love not often, but you make love sometime. And when you’re very old, like Général De Gaulle, you make love to the province of Québec! » Je venais de voler le show », raconte-t-il avec enthousiasme.
Vieillir vient avec son lot de petits et grands tracas, et Joël en a contre l’âgisme. « L’âgisme, y a rien de pire que ça. À un moment donné, c’est comme si t’existais plus. T’es plus là, les recherchistes te connaissent pas parce qu’ils sont trop jeunes. J’aime pas ça, vieillir! », lance celui qui vit seul avec son précieux chat et qui est père de quatre enfants.
Joël a connu différentes étapes dans sa carrière qui a pris une autre tournure quand il a fait Les Tannants. « Je faisais du music- hall, j’étais un chanteur fantaisiste avec Muriel Millard, puis est arrivé Jeunesse d’aujourd’hui et ça m’a fait bifurquer, je suis devenu chanteur pop malgré moi. Et quand j’étais aux Tannants, j’ai changé mon identification, un peu comme Tiger Woods a changé son swing. Maintenant je fais une carrière hybride. À un moment, j’étais parti dans le rétro, je ne faisais que ça, puis je me suis tanné. Dans mon spectacle, je fais une partie « Jeunesse », et je fais une partie d’entertainer. Les gens aiment que je leur chante du rétro, un petit peu de Lalonde, et mon bag à moi, c’est de chanter du Aznavour. Le monde aime ça, les gens crient. Et c’est vraiment ma tasse de thé quand je chante Pour faire une jam ou Mon manège à moi. C’est moi, ça. »
Quand on pense à Joël Denis, deux titres de chansons nous viennent immédiatement en tête : Le Ya Ya et Hey! Hey! Lolita. Deux grands succès. Et quand il jette un regard en arrière, Joël a-t-il des regrets? « Non, mais je pense que j’ai pris la mauvaise route quelques fois. Et si j’avais à le refaire, je ne ferais pas Les Tannants. Ça m’a amené ailleurs, mais ça m’a apporté beaucoup, j’étais une star au Québec », ajoute-t-il. Une chose est claire : il n’a pas du tout envie d’arrêter de monter sur scène, et il continue de carburer aux défis, comme celui qu’il a relevé en participant à Zénith.

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