
Fondée au Québec et reconnue comme organisme de bienfaisance depuis 2017, Chaîne de vie mise sur l’éducation et sur les jeunes pour faire changer les mentalités. Son programme, intégré au cours d’anglais du secondaire, s’adresse aux élèves de 15 à 17 ans. Il est aujourd’hui enseigné dans plus de 100 écoles, dans 15 régions du Québec. L’objectif de Chaîne de vie ne se limite pas à informer. Le programme amène les jeunes à réfléchir, à discuter et à mieux comprendre les enjeux liés au don d’organes.
En parlant de don, ils apprennent aussi l’importance d’un corps en santé et la nécessité d’en prendre soin. Don d’organes, prévention et transplantation sont ainsi abordés ensemble, dans une approche éducative globale. Aujourd’hui, cette approche unique suscite un intérêt grandissant au-delà des frontières du Québec. Un projet pilote en cours de réalisation en Colombie-Britannique marque une première étape vers une diffusion pancanadienne et confirme le leadership québécois en matière d’éducation au don d’organes et de tissus. « L’objectif, c’est de toucher le cœur et l’esprit des jeunes, de les amener à réfléchir, à dialoguer et à devenir des ambassadeurs de la discussion en famille », explique sa présidente et fondatrice, Lucie Dumont. De la salle de classe québécoise aux écoles de la Colombie-Britannique, Chaîne de vie poursuit ainsi sa mission : former une génération informée, engagée et profondément humaine.
Une greffée vit avec un foie de 111 ans
Audrée Descheneaux fait partie de ces bénévoles qui ont choisi de s’engager pleinement pour une cause qui les touche de près. Sportive accomplie, elle est aussi une survivante. À 19 ans, sa vie a basculé. Aujourd’hui, plus de 20 ans plus tard, elle vit avec un foie provenant d’un donneur de 88 ans, un cas extrêmement rare. À l’époque, Audrée entreprend ce qui devait être une simple aventure : un voyage en solo à travers le Canada, sac à dos sur les épaules. Elle séjourne dans une auberge de jeunesse à Toronto lorsque, au milieu de la nuit, une douleur fulgurante la frappe. Au matin, en sortant de sa chambre, elle s’effondre dans le couloir. Elle perd connaissance sans le moindre avertissement.
Un jeune homme, David, avec qui elle avait passé la soirée la veille, la découvre inconsciente et réagit immédiatement. Il la prend dans ses bras et la transporte d’urgence à l’hôpital. En fouillant dans ses poches, il trouve un numéro de téléphone : celui de l’oncle d’Audrée, qui vit en Ontario. C’est ainsi que ses parents sont joints. Le diagnostic tombe rapidement : une hépatite
fulminante, une attaque virale dévastatrice du foie. Le jour précédent, Audrée était en parfaite santé. Le lendemain, elle est entre la vie et la mort. Au même moment, à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le nord de l’Ontario, un agriculteur de 88 ans est victime d’un grave accident de tracteur. Bien avant ce jour, il avait confié à sa famille son souhait de donner ses organes si un drame survenait. Jamais encore un foie provenant d’un donneur aussi âgé n’avait été transplanté chez une jeune receveuse de 19 ans.
Greffe réussie
Audrée survit. Mieux encore, elle vit pleinement. Elle poursuit une vie active, participe à plusieurs reprises aux Jeux nationaux et mondiaux des transplantés et, en 2023, pour souligner le 20ᵉ anniversaire de sa greffe, elle marche 500 kilomètres entre Toronto et Montréal. D’ailleurs, Audrée participera aux Jeux canadiens des greffés, à Sherbrooke, du 5 au 11 juillet prochain.
Depuis ce matin-là, Audrée et David ne se sont jamais quittés. Ils ont fondé une famille et ont aujourd’hui trois filles de 16, 17 et 18 ans. Ensemble, ils s’engagent comme coordonnateurs du Défi Chaîne de vie pour la région de Montréal, un événement qui soutient le financement du déploiement du programme éducatif sur le don d’organes dans les écoles secondaires du Québec.
Audrée n’a jamais rencontré son donneur, raconte-t-elle :« Je n’ai jamais rencontré mon donneur. Mais ce don m’a permis de vivre, de trouver l’amour, de fonder une famille et, aujourd’hui, de m’impliquer dans la cause qui m’a sauvé la vie. Je compte encore les jours depuis ma transplantation et je ris souvent lorsque les gens s’étonnent de l’âge de mon foie. Ça me rappelle qu’il n’y a pas d’âge limite pour être donneur et qu’une seule décision humaine peut résonner à travers les générations. »

POURSUIVEZ VOTRE LECTURE
