Sœur Angèle a célébré son 87e anniversaire de naissance le 11 août dernier, et il faut l’écouter et la voir aller pour constater à quel point cette femme a beaucoup d’énergie. La retraite? Pfff, il ne faut même pas en parler!

C’est une belle histoire d’amour qui s’est tissée entre les Québécois et Sœur Angèle, au moment où elle a commencé à faire de la télévision, dans les années soixante-dix. Née Angiola Rizzardo, elle est arrivée au Québec à l’âge de 17 ans.

« Je suis venue ici pour aider ma sœur à Laval pendant deux mois, parce qu’elle attendait un quatrième enfant. Je ne parlais pas un mot de français, alors je me suis dit que j’allais l’apprendre. La première chose que j’ai faite a été d’aller chez les sœurs pour donner des cours de cuisine italienne. Parce que moi, à douze ans, je travaillais dans un restaurant italien, alors je voyais tout ce qui se passait et j’apprenais encore plus en le faisant. Alors ça m’a énormément servi. Je suis arrivée à Westmount et une dame a sonné à la porte parce qu’elle cherchait quelqu’un pour travailler à l’ambassade d’Italie. Je lui ai répondu que je pouvais l’aider, et on a fait un pacte. « Vous venez m’aider à recevoir les délégations, m’a-t-elle dit, et moi, je vais vous donner des cours de français ». C’était une Française et ça ne m’a pas pris de temps à apprendre la langue, à dix-sept ans t’apprends vite! »

Quand je lui fais remarquer qu’elle n’a pas changé depuis notre dernière rencontre, il y a une bonne dizaine d’années, elle répond : « Tout le monde me dit la même chose! Non, je ne change pas, j’ai toujours le même poids et je bouge, je ne suis pas assise du tout. J’ai déjà eu un cancer du côlon, j’ai été opérée et ça été fini : après trois jours, je suis revenue à la maison. Il ne faut pas se laisser prendre par tout ça, il faut aller de l’avant. » 

Aux personnes âgées qui ne trouvent pas la motivation pour mener une vie active, Sœur Angèle leur dit que la clé est de se tenir occupées. « S’occuper c’est la santé. Il faut s’occuper de sa santé, mais surtout s’occuper des autres. Ça va faire 68 ans que je suis chez les Sœurs du Bon Conseil et ça fait 70 ans que je suis au Québec et que je donne ma vie. Est-ce que j’ai l’air déprimée? Voilà, c’est simple, il faut occuper son esprit. Tous ceux qui ont des enfants et des petits-enfants ils peuvent s’occuper de cette manière-là. Il y a tellement de choses qu’on peut faire, il y a tellement de besoins pour des bénévoles. C’est très important aussi de s’impliquer socialement. Oui, il y en a qui disent qu’ils sont seuls, alors appelez quelqu’un et trouvez une façon de vous occuper. Il y a des moments difficiles, mais on peut surmonter ça en ne demeurant pas isolé. Il faut arriver à s’occuper, et c’est incroyable comment on passe au travers de bien des choses comme ça. »

Bien sûr, impossible de discuter avec elle sans lui parler de cuisine! Pour la petite histoire, le livre À table avec Sœur Angèle a été publié en 1960! Sœur Angèle a vu les habitudes culinaires des gens évoluer au fil des années, en particulier chez les hommes depuis la pandémie. « C’est impressionnant et ça me fait plaisir. Il y a beaucoup d’hommes, comme mon neveu par exemple, qui ne faisaient même pas leurs rôties à la maison et aujourd’hui, c’est lui qui cuisine pour la famille. Ça prouve que tout est possible. La cuisine c’est une culture, ça vide le cerveau et c’est bon. Il y a une chose aussi : il y a beaucoup d’émissions de cuisine à la télé et les gens travaillent tellement fort, quand ils arrivent à la maison, qu’ils n’ont pas le cœur de se faire à manger. Alors ils vont acheter du prêt-à-manger. Quand je vais faire des présentations dans les magasins et que je vois tous les plats prêts-à-manger, je me dis que les gens se font ça dans les fours à micro-ondes et finalement, ce n’est pas aussi bon que de la cuisine maison. Tu peux tellement faire de choses en cuisine, et ça ne prend pas de temps. »

Léon: le pape qu’il nous faut

Difficile de quitter Sœur Angèle sans lui demander ce qu’elle pense du nouveau pape qui a été élu en mai dernier. « Il a pris le nom de Léon XIV en hommage à Léon XIII qui a mis en place la justice sociale pour s’occuper des gens défavorisés. Quand j’ai su ça, je me suis dit que l’Église reprenait vie. Elle va grandir et les gens vont s’y rattacher parce qu’elle a un pasteur qui est vraiment un être humain qui fait le pont avec ceux qui ont la foi diminuée. Je te dis que l’Esprit Saint a travaillé fort! Je pense que c’est la personne qu’il nous faut. Il vient d’avoir 70 ans et il a le temps de voir ce qui se passe, il a le temps d’évoluer avec nous, et nous d’évoluer avec lui, dit-elle. J’ai eu la chance d’aller à Rome pour le service funéraire du pape François, j’ai rencontré sept papes et celui-ci sera le huitième. »

Quant aux églises qui se vident et se vendent, Sœur Angèle a son opinion sur le sujet qui a finalement bien du bon sens! « La foi est encore là, ça ne veut pas dire qu’elle est moins présente chez les gens, même s’il y a moins de monde à la messe. La raison, c’est que les personnes qui ont maintenant 55 ans et plus et qui avaient le temps d’aller à l’église vivent dans des résidences où ils ont leurs chapelles. Ils n’iront pas à l’église en plus! »

Le mot de la fin pour cette femme qui continue de se dévouer corps et âme pour les autres : « Moi je suis chanceuse, je suis privilégiée : mon mari ne meurt jamais, dit-elle en riant, et je ne suis jamais malade. »

 

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