Madame, est-ce que j’vais être choisi? Tel est le titre du nouvel ouvrage de Josélito Michaud, un recueil de souvenirs, une plongée dans ses souvenirs d’enfance, professionnels, de rencontres déterminantes et d’événements qui ont façonné l’homme qu’il est.

« Je ne sais pas quel genre d’individu j’aurais été si je n’avais pas connu cette enfance-là, dit-il. On est fait de toutes ces expériences-là, les belles, les moins belles. J’ai eu de belles expériences de vie, j’en ai eu des dures, et la santé, c’est le résultat de ces stress-là. Ce n’est pas un long fleuve tranquille, mais c’est clair que ce n’est pas une vie banale. » Josélito et moi, nous nous sommes connus il y a plus de trente ans, quand nous avons travaillé ensemble au magazine Le Lundi. Pierre Péladeau lui avait confié la direction de la publication, et j’étais son rédacteur en chef. C’est là que j’ai découvert l’homme déterminé qu’il était, entier, passionné, jamais à court d’idées.

Si vous avez lu Josélito Dans mes yeux à moi, vu la série Olivier et les nombreuses entrevues que l’auteur a pu accorder au cours des années, vous connaissez sans doute son parcours. Une partie, du moins, parce ce nouveau livre nous fait découvrir d’autres pans de sa vie. Il avoue toutefois qu’il s’est demandé à plusieurs reprises s’il devait raconter certains moments déterminants.

« Je ne voulais pas que ce soit un livre qui attire la pitié, je voulais que ça attire beaucoup plus l’idée qu’on est responsable de nos choix »

« C’est après avoir écrit le livre que j’ai fait cette censure-là. Dans un premier temps, j’ai tout dit. Après ça, ça été une job, parce que je passe toujours du passé au présent, pour montrer que les séquelles du passé, on les traîne toute notre vie. Je ne voulais pas que ce soit un livre qui attire la pitié, je voulais que ça attire beaucoup plus l’idée qu’on est responsable de nos choix. Quand on doit choisir, il faut en l’occurrence se choisir. Ce n’est pas d’être égoïste du tout, parce que ça peut sonner égoïste quand je dis ça. Je suis un gars bienveillant, tu le sais, je suis vraiment beaucoup à l’écoute des autres, mais je n’ai aucune bienveillance envers moi et c’est pour ça aujourd’hui que les troubles psychologiques sont si forts dans ma vie. C’est pour que je prends soin de moi. Quand je repense à cette enfance-là, je me dis que c’est épouvantable. Y a un punch à la fin, y a des punchs tout le long, mais il y en a un qui est pour le moins particulier, soit lorsque mon père décide volontairement, à la mort de ma mère, d’enlever mon nom sur l’avis de décès. »

Ce fut un choc, une insulte, une façon du père de dire à son fils qu’il n’était pas important. « Mes amis m’appellent à Matane et me disent : « T’es pas sur l’avis de décès! » Ah ben tabarnache! Il m’empêche d’être aux funérailles de ma mère, il a le contrôle jusqu’au bout, et c’est là que je me suis dit : « Toutes les fois où t’as accepté de ne pas parler, qu’il vienne chez-vous pareil, ça n’a rien donné. » Il m’a enlevé de la vie de ma mère, c’est pas rien! » 

Il t’a dénaturé et comme tu l’écris, tu es redevenu un orphelin?

« C’est exactement ça. J’avais l’impression que j’étais revenu à la case départ. J’ai traîné cette enfance-là comme tout le monde qui traîne son enfance. Je te dirais bien honnêtement que lorsque j’écrivais, j’essayais de ne pas mettre de filtre. C’est pour ça que j’ai mis des annotations en caractères gras, je voulais donner des pistes de réflexion aux lecteurs. Je ne voulais pas que ce soit juste mon récit, mais qu’il y ait des gens qui puissent se servir de ça pour se dire que telle phrase, ou tel passage, ça leur a permis de cheminer. C’est du moins ce que je souhaite. »

À la lecture de cette autobiographie, on comprend rapidement à quel point Josélito a su développer un sentiment d’urgence de s’affirmer et de foncer dans la vie. « Il y avait une volonté chez-moi d’honorer le fait que j’avais été choisi. Tout le livre parle du choix. C’est vrai que j’ai posé cette question-là à la dame de la maison. Je voyais bien qu’elle ne me regardait même pas, parce qu’elle se disait sans doute : « On le sait pas si tu vas être choisi, mon p’tit homme ». Moi, quand on m’a choisi j’ai compris assez vite que ça n’allait pas bien se passer dans ma famille, et j’ai dit au monsieur que j’avais peur de lui. Je comprenais les enjeux, je comprenais les magouilles, je comprenais la malhonnêteté. Je comprenais les mauvaises intentions, c’était clair dans ma tête. Je pense que cette énergie, ce guts que j’ai eu, ça vient certainement de ma volonté que ma mère m’aime. Je voulais qu’elle se dise : « J’ai bien fait de l’adopter, même si mon mari me bat… » ajoute celui qui est atteint du trouble neurologique fonctionnel.

On trouve beaucoup d’amour dans ce livre, de résilience, de combativité, des moments amusants et choquants, et de la sagesse aussi. Josélito, toujours aussi entier, a compris qu’à 60 ans, avec les épreuves vécues, il lui fallait plus que jamais établir ses priorités et penser encore plus à lui et à ses proches.

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