Le phénomène n’est certainement pas nouveau. Malgré le fait que le nombre de divorces a chuté depuis 1990 et le nombre de familles reconstituées a connu un essor considérable. Malheureusement les séparations ne sont pas exclusives aux familles naturelles, mais aussi aux familles reconstituées. On ne se sépare pas seulement de la conjointe ou du conjoint, mais aussi de sa progéniture. Quelques fois la séparation est brutale à la fois pour l’enfant que pour l’adulte. Chantal est l’exemple typique. Pendant son mariage, elle a eu un fils et c’est séparé du père biologique avec qui elle a eu une relation de plus de 20 ans. Après quelques années de célibat à élever son fils pratiquement seule, à 43 ans, elle tombe littéralement en amour. Le coup de foudre qui s’en résulte de voir débarquer dans sa vie un nouveau conjoint. Le chamboulement est complet puisque non seulement elle voit un homme prendre place dans sa vie, mais aussi sa fille Magalie qu’il a eue dans une précédente relation dont il a une garde partagée. La magie s’opère entre elle et la fille de son conjoint.  Chantal a toujours voulu avoir une fille et Magalie ne demande qu’une femme puisse prendre la place de sa maman avec qui elle n’a plus aucun contact. Le match parfait. Au fil des années, Chantal et Magalie tissent des liens forts. Des liens mère-fille. « J’avais eu un garçon et maintenant débarquais une petite fille de 7 ans, toute mignonne, que je pouvais catiner, dorloter et prendre soin. Mon rêve d’avoir une fille se réalisait sans passer par l’accouchement » nous raconter Chantal. « Nous avons passé de nombreuses heures ensemble à jouer, placoter et même se faire quelques petits secrets…  Elle passait plus de temps avec moi qu’avec son père. Des moments de pur bonheur pour moi aussi. » Cependant, après quelques années de vie commune, la relation avec le père était loin d’être identique à celle avec la fille. Malgré des hésitations, Chantal décide de laisser son conjoint. Les atomes crochus avaient disparu. Mais, le père et la fille étaient un « package deal » et se séparer du conjoint voulait aussi dire se séparer de Magalie. Le choc a été intense. « Je n’avais pas réalisé à quel point ma puce, comme je l’avais surnommée, prenait de la place dans ma vie, de la place dans mon cœur », relate-t-elle. « La peine d’amour était beaucoup plus intense de perdre Magalie que le père. Je ne m’en suis pas encore remise malgré les 10 années qui se sont écoulées depuis » nous dit-elle encore émotive à parler de Magalie. « Je ne l’ai jamais revue, reparlé ou même contacté. Un deuil pour moi ». Au Québec, les conjoints de fait n’ont aucun droit de visite sur des enfants qui ne sont pas les leurs. Malgré le nombre grandissant d’enfants vivant dans des relations de vie commune sans mariage, le législateur ne donne aucun pouvoir légal aux beaux-parents sur les enfants autres que par une ordonnance judiciaire, une ordonnance de garde ou par adoption.