Diane Dufresne : une vie consacrée à la créativité et à faire plaisir au public.
Diane Dufresne est une artiste unique dans l’histoire de la scène culturelle québécoise. On parle ici d’une femme âgée de 80 ans qui a de l’énergie à revendre et qui ne cesse de multiplier les projets. Elle est une merveilleuse interprète qui a fait le bonheur de plusieurs générations – souvenez-vous de la chanson-thème du film L’Initiation, Un jour il viendra mon amour qu’elle chantait en 1969, et de son premier album Tiens-toé ben, j’arrive! lancé en 1972 –, et elle continue toujours d’appuyer bien fort sur sa fibre créatrice.
Discuter avec Diane Dufresne pendant plus de trente minutes, l’écouter aborder quantité de sujets, se laisser imprégner à la fois par sa sagesse et sa lucidité, entre autres au sujet de la vieillesse et de moments marquants de sa carrière, est en soi un privilège qui ne passe pas souvent. On a dit et écrit beaucoup de choses sur la Diva, mais rien ne vaut l’écouter se confier. Notamment au sujet de la dernière année, où elle a été très active, et celle qui est bien entamée aussi sur le plan de la création et des rencontres avec le public.
« Je travaille tout le temps, en fait. Quand les projets arrivent et qu’ils sont intéressants, je les fais, et je refuse aussi des choses qui, je pense, ne me conviennent pas. Mais soit dit en passant, j’en fais quand j’ai quelque chose à dire », confie-t-elle en riant.
Tout comme Janette Bertrand qui a eu 100 et dont on a beaucoup parlé ces derniers mois, Diane a sans aucun doute été une source d’inspiration pour toutes les femmes qui voulaient se surpasser et se montrer audacieuses.
« L’audace? Oui, peut-être, et c’est probablement pour ça que j’ai été très critiquée au départ avec mes costumes. C’était comme une espèce de liberté créative aussi, et on nous traite toujours de fous quand on est différents, mais il faut qu’elle existe, la différence et l’individualité. Si j’ai pu apporter ça, tant mieux, je l’ai fait instinctivement. C’est vrai que lorsque je vais en public, je rencontre souvent des femmes qui viennent me dire que grâce à moi, elles ont fait des choses beaucoup plus libres qu’elles pensaient pouvoir faire. On est un peu faits pour ça, aussi, les artistes. Pas pour ouvrir des portes, parce que ce serait un peu prétentieux, mais ouvrir certaines fenêtres, et tant mieux si j’ai pu apporter ça. Juste chanter pour chanter, bon, c’est OK, mais c’est peut-être mieux si on va un petit peu plus loin. J’ai appris le théâtre aussi, la fantaisie, l’humour, et la dramatique, parce que je suis un peu une tragédienne dans mes choix de chansons », ajoute-t-elle.
L’amour que le public lui porte la touche et Diane avoue que c’est toujours particulier lorsque des gens évoquent certains souvenirs reliés à elle. « Quand ils me parlent d’un spectacle que j’ai fait il y a très longtemps, et avec eux, c’est comme si c’était hier. C’est comme s’ils étaient des amis, même si je ne les connais pas, et je trouve ça exceptionnel de constater qu’il n’y a comme pas de décalage de temps, peu importe les années qui sont passées. C’est comme une preuve d’amitié. En amitié, ni le temps, ni les heures et les années ne comptent, et je trouve ça vraiment formidable. Pour moi, c’est un grand privilège de rencontrer des gens qui me racontent leurs souvenirs, parfois d’un petit détail que j’ai fait sur scène ou que j’ai dit, et immédiatement, c’est comme si c’était hier. »

Des moments marquants
L’an dernier, il y a eu 40 ans que Diane présentait au Stade olympique le spectacle Magie Rose, devant 55 000 spectateurs. Un anniversaire qu’on n’a pas manqué de souligner, en rappelant que les fans de la chanteuse avaient suivi la consigne d’être vêtus en rose. « Il y a beaucoup de gens qui ont fait des stades, et moi j’en ai fait un une fois, et il était rose grâce au public. Le public est très humble, et on n’existe pas sur scène ou ailleurs sans public. En plus, quand tu donnais des thèmes, que ce soit Magie Rose, Top Secret ou Fellini, ça donnait beaucoup de liberté aux gens et ça leur permettait de faire partie de quelque chose. Pour moi, ça toujours été ma motivation quand j’écrivais des concepts de spectacles, c’était important pour moi que le public fasse partie du spectacle. »
Et Diane ne faisait jamais les choses à moitié! Je me souviens encore de l’avoir vue apparaitre sur scène portant cette immense robe sur laquelle il y avait certainement une dizaine d’instruments de musique, qui avait été créée par Michel Robidas. C’était lors du spectacle Symphonique and roll présenté au Colisée à Québec en 1988. « Il m’avait donné la jupe l’après-midi, pour l’essayage, et quand il a mis la robe après moi, je me suis dit : « Wow! C’est pas seulement une robe, c’est un char allégorique! » Ça prenait une force physique incroyable de chanter, de pouvoir bouger la robe et de la tourner. Je n’avais jamais fait ça, disons que ça ajoutait au trac… C’était un beau spectacle, ça », raconte-t-elle.
Diane n’est toutefois pas du genre à vivre dans le passé, à être nostalgique, par exemple, des spectacles qu’elle a présentés au cours de toutes ces années. « C’est fait, et je dirais que moi, je suis toujours dans les choses à faire.
Vous savez, dit-elle, j’étais dans un monde d’hommes, il fallait toujours que je me batte, de là qu’on disait souvent que j’étais une diva parce que j’avais des exigences, parce que j’osais. Mais au fond, j’étais quelqu’un de gentil et même très timide, à une certaine époque, mais quand venait le temps de faire des choses en fonction du public, je ne faisais aucune concession. »
Des idées, Diane en a toujours eu en quantité. C’était une fonceuse, une femme déterminée qui a constamment cherché à dépasser ses limites. D’où cela lui est-il venu? Elle réfléchit, puis lance : « Ça doit être instinctif. J’ai vécu longtemps seule et j’ai toujours été extravertie. Petite fille, j’étais comme ça, quand je chantais dans les cabanes à sucre. J’étais une solitaire, je n’avais pas beaucoup d’amis quand j’étais enfant, et j’ai toujours pensé à faire des spectacles. Pour moi, c’était le but, de monter sur scène. J’étais faite pour faire ça, sans prétention, et c’était ma motivation. Aussi, j’ai toujours beaucoup aimé écrire des concepts, voir jusqu’où on pouvait aller, et je me mettais à la place d’un spectateur en me demandant ce qui pourrait m’étonner. C’est pour ça que ça allait plus loin, c’était toujours fait pour étonner les spectateurs, qui venaient me voir un peu pour ça. »
« Ma mère était quelqu’un d’excentrique »

J’étais curieux de savoir si la mère de la chanteuse – elle est décédée quand Diane était âgée de 12 ans – a légué à sa fille des traits de caractère qui ont façonné sa personnalité. « Ma mère était quelqu’un d’excentrique. Elle fumait des cigarettes, ce qui n’était pas normal à l’époque, c’était les hommes qui fumaient la cigarette. Je me souviens aussi qu’elle s’était fait couper les cheveux très courts, qui étaient platine, en coupe canard, et dans le temps des fêtes, elle portait une robe rouge en velours avec les épaules dénudées. Elle allait acheter ses robes à New York, où mon père l’amenait, et pas parce qu’on était très riches. J’y suis allé aussi, j’avais vu les Rockettes au Radio City Music- Hall, et ça m’est entré dans la tête, je me suis dit qu’il fallait que je devienne une Rockette! Ma mère me permettait ça, de faire tout ce que je voulais dans ma chambre, mettre ça à l’envers et jouer comme je le voulais, pourvu que tout soit rangé en fin de journée, que j’aille souper et que tout soit correct. J’avais une espèce de liberté et ma mère comprenait ça. Elle comprenait la créativité, peut-être parce qu’elle était elle-même créative, et elle avait beaucoup de caractère » confie-t-elle.

« Rendue à un certain âge, ajoute-t-elle, on une espèce de nostalgie qui n’est pas de la mélancolie. Je ne regrette pas la jeunesse, parce qu’on ne regrette pas ce qu’on a eu, je suis nostalgique quand je me répète dans quelque chose que j’ai déjà fait. Je n’ai pas trop la notion du temps, mais quand je me regarde dans le miroir, je vois bien que le temps a passé! Tu te reconnais moins, parce qu’à l’intérieur de toi, ta tête et ton visage ne correspondent pas à ce que tu es. On pense toujours que les gens âgés n’ont plus de désir, n’ont plus rien, mais ils ont beaucoup plus de liberté. »
Vieillir en continuant d’être créatif
Aux personnes âgées, à ceux et celles qui, en se levant, se demandent bien ce qu’elles vont faire de leur journée, le message de Diane est clair : « Je pense qu’il ne faut jamais arrêter. Il faut toujours faire quelque chose. Le cerveau, c’est une gymnastique, et il faudrait toujours apprendre quelque chose, faire une école de soi-même. Des fois, j’aimerais ça me lever et me demander ce que je pourrais bien faire, ça me permettrait de me reposer un peu. Il faut être créatif, essayer des choses nouvelles, que ce soit une nouvelle recette, prendre une nouvelle rue, faire de la gym. On ne peut pas non plus, à un certain âge, s’émerveiller de tout quand on a pas mal tout connu, alors c’est pour ça qu’il faut amener du nouveau dans sa vie. Je n’aime pas beaucoup le mot retraite, c’est comme se retirer. C’est un mot qu’on ne devrait pas employer; on est en retrait quand on meurt. Chaque personne âgée a son histoire, et il faut qu’elle la finisse en beauté. C’est tout un chemin à faire quand même! »
Richard Langevin est l’homme qui l’accompagne depuis bientôt trente et un ans. Un fidèle complice. « Quand tu es amoureux au début, tu ne vois presque plus rien qu’il y a autour, et naturellement que l’amour se transforme. Je demeure une solitaire, et c’est sûr que c’est un privilège d’être accompagnée, et surtout, de vivre avec ton meilleur ami. C’est un privilège qu’il faut entretenir, il y a des codes, il faut que chacun ait sa liberté. Richard est quand même un créateur, c’est un homme qui a un très beau caractère, il est très souriant et sociable », ajoute-t-elle.
Diane Dufresne, qui sera l’invitée d’honneur du Salon des aînés de Saint-Jérôme le 6 septembre 2025, continue toujours de peindre, de dessiner, de faire des sculptures, et de chanter évidemment! « Quand je vais dans mon atelier, je suis une personne très heureuse, je suis en pleine liberté », dit-elle. L’automne dernier, elle a uni son talent à celui du compositeur et musicien Michel Cusson pour nous offrir l’album État de siège. On y retrouve onze nouvelles compositions et Diane est à la fois percutante et émouvante dans ses interprétations. « Quand j’ai écrit ces textes sur la merveilleuse musique de Michel, je me suis demandé ce qui pourrait rassembler les gens dans un thème. Et quand on marche dans la rue, les gens ne nous regardent même pas parce qu’ils sont au téléphone. Mais quand tu es dans une voiture, très souvent la personne à côté se retourne et te regarde. Je me suis dit qu’on était dans un système : le monde part le matin, il revient le soir et regarde la télé, alors j’ai pensé que ça allait toucher les gens, et j’ai créé des personnages pour les chansons. »
Par ailleurs, Diane présente Sur rendez-vous, un concert-causerie au cours duquel elle est accompagnée par un pianiste. Elle chante et discute avec les spectateurs. « J’avais créé ça dans le temps de la pandémie, au Gesù, et les gens pouvaient me poser des questions. Le monde a beaucoup aimé ce spectacle, je l’ai fait en tournée et en juin, je vais le faire à Paris. Je parle un peu de ma vie, je fais quelques chansons, et il y a beaucoup d’humour et d’émotion. C’est un peu aussi une improvisation quand ils me questionnent, et j’aime beaucoup ça. »
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