C’est un véritable projet de cœur que le grand Zachary Richard nous a présenté dernièrement, avec Handicap bonheur. Il s’agit d’un album qui comporte 8 chansons faites avec son petit-fils Émile, un rêve que le jeune homme souhaitait réaliser depuis dix ans.

Vous risquez d’être surpris à l’écoute de ces chansons, parce qu’on a droit à un Zachary qui verse, entre autres, dans le rap, mais aussi dans le folk et ça groove joyeusement. « Je pense que c’est dû aux influences d’Émile qui est dans la vingtaine, donc c’est un style qui est beaucoup plus actuel, mais il y a quelque chose qui est très proche de mes racines. Disons que c’est un carré de sable dans lequel j’ai déjà joué. C’est sûr que c’est un peu surprenant, dans la dynamique de mes derniers enregistrements, mais c’est quelque chose avec laquelle je me sens suffisamment à l’aise parce qu’en quelque sorte, ça me ressemble », dit-il.

Une collaboration étroite

Il faut savoir que les chansons ont été écrites par Zachary et Émile Cullin, et les sujets, les idées, sont venues du jeune homme. « On avait fait J’aime la vie en 2012 (un album qui comptait dix chansons), et on a continué à travailler par la suite. La première chanson qu’on a composée a été Funky dimanche. On se promenait dans un parc, qui n’est pas loin d’où Émile habite à Paris, et il m’a fait écouter une musique, et on est parti de là. »

Ce sont donc, précisons-le, huit chansons originales que l’on retrouve sur cet album disponible sur toutes les plateformes. Avec ce projet, les deux complices espèrent sensibiliser le grand public aux défis des handicapés et de les encourager dans leurs parcours.

Le jeune adulte a eu toute la latitude qu’il voulait de la part de son grand-père, pour amener les thèmes qu’il désirait aborder dans les chansons. « Toutes les idées venaient d’Émile, on se parle tous les jours lui et moi, on fait du Tai chi à distance. Moi j’étais plutôt le scribe, je note et je suggère, mais c’était lui le compositeur, l’auteur, et j’étais là pour mettre un peu d’ordre dans ses idées » ajoute le chanteur né à Scott en Louisiane il y a soixante-quatorze ans.

« Un jour, Émile me dit qu’il voudrait écrire une lettre ouverte au ministre qui s’occupe des handicapés. Je lui ai dit : OK, go! On est parti comme ça, il y a toujours dans la création une part de mystérieux. J’écoute cette chanson, Un, deux, et je suis étonné, je ne sais pas comment on a fait pour arriver à ça. On est tous les deux les instruments de quelque chose, et lui, ça lui tient vraiment à cœur, c’est vraiment le porte-parole des handicapés. »

Un album pour une bonne cause

Zachary Richard entretient une belle relation avec son petit-fils qui le suit en tournée depuis qu’il a huit ans! « C’est un univers qu’il connait bien et pour moi, ça été une expérience extrêmement positive. Je n’ai pas souvent collaboré avec des auteurs (entre autres Francis Cabrel et Michel Rivard), mais avec Émile, j’ai un coauteur qui a une espèce de bonus : sa naïveté, ou plutôt son authenticité. Dans tous les cas, que ce soit avec Francis Cabrel ou Émile Cullin, c’est le même processus. On finit par suivre des chemins que, tout seul, je n’explorais jamais. Le résultat est beaucoup plus intéressant que j’aurais pu imaginer à faire tout seul, même en explorant les mêmes thèmes. C’est sur qu’Émile, c’est son projet, je suis là comme un accessoire. Avec son handicap, je peux l’amener vers des horizons qu’il aurait peut-être des difficultés à rejoindre. C’est vraiment pleinement une collaboration, et je suis vraiment très heureux de tout ça. J’adore le bonhomme, et il a une façon de voir les choses qui me renverse. C’est vraiment un plaisir d’amener ce projet à bon port, surtout dans ce contexte-là. Ça été un exercice de création avec un message très important. Émile est handicapé neuromoteur, mais comme on le dit, ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on ne peut pas connaître le bonheur. »

Qui plus est, cet exercice musical sert une bonne cause puisque toutes les redevances artistiques des chansons sont versées au Centre Philou, à Montréal, qui soutient les polyhandicapés ainsi que leurs familles depuis maintenant vingt ans. « C’est un milieu qu’Émile connait, il sort de là. Il est beaucoup moins handicapé que d’autres enfants, et je constate avec énormément d’émotion comment il se comporte dans cet endroit-là, parce qu’il est à l’aise. C’est son univers, il a de la sympathie et de l’empathie envers ceux et celles qui sont plus lourdement handicapés que lui. Je pense qu’il est très conscient de leur situation, et il réclame une ouverture envers ces gens-là. C’est en allant vers eux qu’on découvre des étincelles parce qu’on va découvrir une partie de notre humanité en le faisant. »

Lorsque je lui dis qu’en plus d’être le grand-père d’Émile, il est en somme un genre de réalisateur de rêves, Zachary éclate de rire. « Je pense que le plus grand rêve d’Émile maintenant est de se trouver une blonde, d’explorer l’amour et de répondre à l’appel de ses hormones… On se comble tous les deux, et je sais qu’il m’apporte autant sinon plus que je peux lui apporter. Ce n’est pas parce qu’il est handicapé et qu’il a vingt-cinq ans, qu’il m’apporte moins que moi je lui apporte. C’est grâce à lui qu’avec ma création, je peux communiquer mon humanité et partager avec autrui. »

 

 

 

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