Certains d’entre nous attendent impatiemment que les enfants quittent le nid familial, alors que d’autres redoutent plutôt le vide créé par leur départ. Cette étape normale – et importante – du cycle de vie parentale peut susciter plusieurs réactions : la fierté que nos enfants volent de leurs propres ailes, le soulagement d’une charge mentale, financière et ménagère amoindrie, et parfois un sentiment de deuil.

Qu’allons-nous faire avec l’espace récupéré? Comment allons-nous réorganiser notre temps libre et notre quotidien maintenant qu’être parent n’est plus notre premier emploi? Et aussi… qui sommes-nous comme adulte sexuellement actif·ve ou comme couple maintenant que les enfants sont parti·e·s?

Les enfants partent… les parents dansent?

Eh ben oui! Les enfants bouleversent la vie sexuelle et de couple à leur arrivée, mais aussi à leur départ. Cette transition de vie où nous nous retrouvons face à nous-mêmes ou à notre couple peut nous chambouler émotionnellement et nous amener à réévaluer notre situation amoureuse et sexuelle (McGoldrick et al., 2016).

Ce changement aura fort probablement un impact sur notre sexualité, en nous poussant à nous poser des questions comme : comment est notre vie amoureuse et sexuelle en dehors de la parentalité? En avons-nous pris soin ou l’avons-nous mise de côté pour nous concentrer uniquement sur les enfants? Même si la réflexion peut sembler vertigineuse, le départ des enfants est un moment propice pour faire le bilan de notre vie conjugale, amoureuse et sexuelle et en évaluer la santé (Abedi et al., 2020).
La manière dont nous vivrons cette transition aura un impact sur notre sexualité. Par exemple, l’étude menée en Iran d’Abedi et ses collègues (2020) a révélé que les mères qui vivaient de la solitude à la suite du départ des enfants avaient moins de désir et de satisfaction sexuelle, alors que celles qui se gardaient occupées avec un emploi ou des activités quotidiennes avaient une meilleure fonction sexuelle et satisfaction sexuelle.

Pour d’autres parents, retrouver un accès illimité à leur maison donne un second souffle à leur sexualité, puisque la présence des enfants rendait difficile, voire impossible, la pratique de relations sexuelles (Miller, 2018). Il en va de même pour certains parents monoparentaux pour qui la charge associée aux soins des enfants réduisait les possibilités d’explorer leur sexualité et de rencontrer des partenaires (Anderson et al. 2004; Goldscheider, Kaufman, and Sassler 2009).
Comment reconnecter avec notre sexualité?
Qui dit changement dit nouvelles directions! Heureusement, il existe plusieurs pistes pratiques pour redécouvrir notre sexualité – si c’est ce dont nous avons envie – et avoir plus de plaisir que jamais.
Faire état de la situation
Le départ des enfants est une bonne occasion de faire le bilan de notre vie sexuelle et amoureuse, de notre mariage ou de notre couple. Il peut s’agir d’un point de départ pour revoir nos bases. Voici des exemples de réflexions à avoir :

● Suis-je satisfait·e de ma sexualité? De la qualité de mes moments intimes? De leur fréquence?
● Est-ce que je vis des dysfonctionnements comme des difficultés érectiles ou de la sécheresse vaginale, et est-ce que je devrais aborder la question avec mon ou ma professionnel·le de la santé?
● Dans la mesure du possible, à quoi ressemblerait ma sexualité idéale?
● Quelles sont mes attentes pour cette nouvelle étape de ma vie sexuelle? Quelles sont celles de mon, ma ou mes partenaire·s? Est-ce qu’on se rejoint?
Parler le même langage
Il peut être bénéfique de partager ces réflexions avec la ou les personnes avec qui nous avons des activités sexuelles, car la divergence des attentes peut causer des soucis. Par exemple, certains parents anticipent avec beaucoup d’excitation de pouvoir essayer de nouvelles choses et d’augmenter la fréquence de leurs rapports sexuels, alors que d’autres veulent d’abord avoir le temps de souffler et de profiter d’une pression diminuée. Communiquer nos besoins est tout aussi important que de rester à l’écoute de l’autre et de l’accueillir avec empathie.

Certaines personnes vivent aussi des changements hormonaux dus à l’âge, comme la ménopause et l’andropause, qui peuvent affecter la sexualité et donner l’impression que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Le mieux est de ne pas vivre ces difficultés ou ces frustrations dans la solitude en les abordant ensemble et, pourquoi pas, avec un·e professionnel·le.
Réapprivoiser notre sexualité et nos désirs
Cette liberté retrouvée est aussi l’occasion parfaite pour nous questionner sur ce que nous aimerions ou ce que nous aimons moins dans notre sexualité. Il est tout aussi important de réfléchir à nos envies qu’à nos limites, pour que cette exploration se fasse avec plaisir et sans pression. Voici quelques questions que nous pourrions nous poser :

● Quelles sensations, caresses et stimulations me font plaisir?
● Quels sont mes fantasmes et ceux de mon, ma ou mes partenaire·s?
● Qu’ai-je toujours voulu essayer avec mon, ma ou mes partenaire·s?
● Qu’est-ce que j’aimerais faire plus souvent dans ma sexualité?
● Qu’est-ce qui me plaît moins ou que j’aimerais cesser?

Ces réflexions peuvent concerner les fantasmes, mais aussi les endroits, les textures, les accessoires, les scénarios et les expériences qui nous intriguent, à l’intérieur comme à l’extérieur de la chambre à coucher. Car la sexualité ne commence pas quand nous enlevons nos vêtements! Pour nous mettre dans l’ambiance, nous pouvons aussi passer du temps de qualité ensemble, faire des sorties et partager des activités communes. Prendre soin de notre santé mentale et physique, mais aussi de notre qualité de vie est tout aussi bénéfique pour notre sexualité.
À GO, on sex-plore!

Peut-être que la routine s’est installée dans les dernières années. Alors pourquoi ne pas profiter de cette opportunité pour nous explorer avec curiosité et gourmandise? Rien de mieux qu’une attitude joueuse et une curiosité bienveillante pour connecter.

Nous pouvons nous remémorer les beaux moments passés ensemble, recommencer à nous courtiser tranquillement et prendre notre temps pour raviver le désir qui a peut-être été délaissé avec les années ou simplement parce que nous en avons envie.

Certains parents s’offrent une deuxième phase de « lune de miel » et utilisent la nostalgie pour que les petits gestes aient de grands impacts. Je peux me demander: qu’est-ce qui m’émoustillait à nos débuts?

Nous donner le temps et les ressources

N’oublions pas qu’avant toute chose, il se peut que nous ayons besoin de temps pour vivre nos émotions et nous ajuster au changement. Il ne faut pas nous mettre de pression pour que cela revienne exactement « comme avant ». C’est tout à fait possible que notre nouvelle vie sexuelle et romantique nous convienne et que nous ne ressentions pas le besoin de la changer.

Il se peut aussi que nous ayons besoin d’aide pour nous retrouver ou pour aborder des difficultés liées à notre sexualité. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à faire appel à un·e sexologue, qui pourra nous accompagner et nous outiller pour mieux intégrer cette nouvelle phase de notre vie.

 

 

 

 

 

 

 


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