« La vie est précieuse, je pense qu’il faut faire des efforts pour bien vieillir »

À la voir jouer et l’entendre chanter, on a du mal à croire que France Castel a célébré son 80e anniversaire de naissance le 31 août dernier. Impressionnante par sa vitalité, sa puissance vocale et sa justesse lorsqu’elle participe à l’émission En direct de l’univers, elle est certainement une belle source d’inspiration.

La vie est bonne, France?
Oui, la vie est bonne, la vie est toujours là. C’est ça qui compte, la vie est là. J’ai quand même eu des petits problèmes, imagine-toi que j’ai eu la coqueluche et ensuite la Covid.

La coqueluche?
Bien oui, c’est une maladie d’enfant et à partir de 80 ans, il paraît que tu n’es plus immunisé (elle rit). Tout de suite après j’ai attrapé la Covid, mais voilà, je suis négative de toute forme de contagion, et sinon ça va très bien.

À 80 ans, il n’est pas question de retraite, tu vas avoir un automne chargé?
J’ai repris les tournages sur Stat, je fais la mère d’Isabelle (Geneviève Schmidt) et comme elle est malade cette année, mon personnage va être un peu plus présent pour bien s’occuper de son petit-fils qui est autiste. Tout va dépendre de ce que va vivre le personnage d’Isabelle. Autrement, je vais tourner dans un film, et j’en ai aussi un autre qui a pour titre Furie, un film d’action dont le tournage aura lieu au printemps.

Et tu as aussi joué dans un film qui a pour titre Habiter la maison?
Oui ça va sortir cet automne, c’est un très beau film. C’est un scénario de Renée Beaulieu qui l’a aussi réalisé, et qui est produit par Serge Desrosiers. Je fais la maman de François Papineau, je joue le rôle d’une ancienne chanteuse qui est toujours active et un peu weird (elle éclate de rire à nouveau).

Habiter la maison met aussi notamment en vedette Antoine Desrochers et Rose-Marie Perreault. Au moment d’aller sous presse, la date de sortie de ce film n’a pas encore été annoncée.

Tu as eu 80 ans tout récemment, est-ce que ça été un choc pour toi?
Un choc et une chance. À l’approche de ma date d’anniversaire, je me disais : « Est-ce que je vais me rendre là? » Je dis ça parce qu’il y a beaucoup de monde que je connaissais qui est parti depuis quatre, cinq ans. Il y a comme quelque chose de fabuleux et en même temps, une finalité beaucoup plus proche (rires). J’ai accepté qu’on fasse une grande fête pour mon anniversaire parce que j’ai encore ma tête, je peux encore fêter avec les gens. J’ai tout mon cerveau, je peux me rappeler de tout, mais qui sait si ce sera le cas dans un an, dans deux ans, dans trois ans. On ne le sait pas. Tu sais, ma sœur est morte soudainement à 84, mon frère avait 78, et mon autre avait 60. Je ne veux pas de funérailles quand je vais mourir, ils feront ce qu’ils veulent. Pour moi, ça été ma dernière fête et j’étais avec le monde que j’aime et j’en étais consciente. J’ai vu ça comme une célébration : 80 années de vie avec tout ce que ça comporte de beau, de bon, de difficile et de dépassements.

Est-ce que tu ressens une urgence de faire des choses, de jouer de nouveaux rôles, de chanter?
Non, ce n’est pas ce que ça me fait. C’est plutôt de faire la bonne chose qu’il me reste à faire. Est-ce que ça veut dire me retirer? Faire autre chose complètement? Moi, je sais déjà que je ne veux plus faire de scène, mais je veux encore chanter, j’ai fait un album. J’essaie d’être dans l’obéissance, dans ce qu’il faudrait que je fasse, et ce qui serait le mieux pour moi. Comment je devrais envisager tout ça, advenant que je sois encore en santé et que j’aie encore toute ma tête, et qu’à 80 ans, j’ai encore quelques années à vivre. Tu comprends?

Oui, absolument. Tu sais ce que tu veux, et aussi ce que tu ne veux pas…
Les choses que j’ai accepté de faire, en espérant bien pouvoir les rendre à terme, pour moi c’est aussi un peu comme les derniers coucous. Parce que tu sais, sur les plateaux je trouve ça long attendre entre les scènes. Il y a le voyagement qui est plus difficile, et puis il faut apprendre les textes. Cet été j’ai fini le tournage de trois années de l’émission jeunesse L’île Kilucru. Je jouais la fée Sylvestre, et c’est un bel exercice de jouer avec des jeunes, et c’est assez demandant pour moi, aux deux semaines, avec beaucoup de texte. C’est de la fiction, c’est ludique, ça exerce la mémoire. C’est là qu’on sait que la mémoire est un muscle. J’ai reçu les textes de Stat, avant je regardais ça peut-être une demi-heure, une heure, et ça aurait été correct, mais là il faut que je prenne une demi-heure par jour avant de tourner. Ce n’est pas la même chose.

À part ces tournages, on va encore avoir le plaisir de t’entendre chanter à En direct de l’univers?
Normalement, oui (rires). Je suis pas mal nommée quatre ou cinq fois par année par les invités. Je connais tout le monde, et c’est sûr que j’ai de la misère à refuser un En direct de l’univers. J’ai fait tous les shows du Jour de l’an et France Beaudoin fait une Carte blanche en octobre avec l’Orchestre symphonique et je serai présente. Je me garde de beaux moments pour chanter. Des fois avec Chawky (son conjoint de longue date), on chante, on se fait des petits plaisirs, mais sans pression.

Tu es une source d’inspiration pour tous ceux qui prennent de l’âge, quels sont les conseils que tu peux leur donner?

Je leur dis que la vie est précieuse, de faire le ménage de leurs histoires personnelles intérieurement, et ce qu’on a eu gratuitement jeune, il faut faire des efforts si on veut le conserver. Moi, je marche tous les jours, je monte des côtes, j’essaie de m’impliquer dans certaines communautés pour redonner. Je pense qu’il faut faire des efforts pour bien vieillir et c’est facile si on est à la bonne place. Oui, il y a du monde moins chanceux, mais il y en a de plus en plus qui vieillissent bien, qui savent vieillir. Ils se prennent en mains à partir de cinquante ans, ils ajustent ce qu’ils mangent, ce qu’ils boivent et comment ils bougent. On ne sait pas quand on va mourir, on va vieillir si on est chanceux, et si on veut bien vieillir, il faut faire des efforts.

 

 

 

 


 

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