
Les Éternels Pigistes reprennent la route pour présenter leur création, la pièce à sketchs Flambant nue, qui a connu beaucoup de succès en août 2025, lorsqu’elle a d’abord été présentée au Patriote de Sainte-Agathe. Cette création met en scène Marie Charlebois, Isabelle Vincent, Christian Bégin et Pier Paquette, et j’ai eu l’occasion de discuter avec les deux comédiennes.
Pour la petite histoire, Les Éternels Pigistes se sont formés en 1996. Trente ans de créations, trente ans d’explorations, et toujours un grand plaisir pour les amis comédiens de travailler ensemble.
« Je réalise à quel point, chaque fois que je suis sur scène avec eux, la chance que j’ai d’avoir rencontré ces artistes et ces personnes-là que j’adore, que j’admire et que je respecte au plus haut point, confie Marie Charlebois. Je les aime ! C’est sûr que de jouer ensemble depuis tant d’années, ça crée ensemble une connivence, une complicité qui est unique et ça, c’est précieux. On se voit vieillir sur scène, c’est extraordinaire : on voit les changements, les bons comme les mauvais, et on se voit évoluer. Au fond, on se croise dans la vie, mais c’est surtout sur scène, finalement, qu’on se fréquente. »
Comme l’écrivait Luc Boulanger dans La Presse en août 2025, au sujet du spectacle Flambant nue : « (le quatuor) crée une pièce à sketchs tragi-comique, dont le propos marie le sérieux et l’irrévérence. » Qu’en pense la comédienne ? « J’ai l’impression que les sujets qu’on aborde touchent tout le monde. C’est universel, c’est du théâtre populaire, c’est une série de sketchs qui vient chercher les spectateurs, précise Marie. Il y a du drame et de la comédie, on parle de la polarisation – on se questionne beaucoup là-dessus – et on a aussi des textes sur la solitude et la vieillesse. »
« C’est vraiment un privilège de pouvoir s’ancrer dans une histoire d’amitié pour travailler, et puis de jouer un projet comme celui-là, ajoute Isabelle Vincent. Flambant nue, c’est une série de tableaux qui explore notre difficulté à être en lien les uns avec les autres, et tout ça se fait avec humour et aussi avec tendresse. Les gens se reconnaissent parce qu’il y en a pour tous les goûts. Il y a des gens de droite, des gens de gauche, des gens perdus, des gens trouvés, dit-elle en riant. La pièce est construite en quatre monologues ou, chacun, on est flambant nue, parce que c’est l’âme, face à l’univers, et les différents personnages vivent des situations en lien avec la préoccupation du monologue. Par exemple, moi je parle beaucoup de polarisation, je suis une employée qui est découragée de constater que les gens ne sont plus capables de se parler », confie Isabelle Vincent.
En somme, Flambant nue touche plusieurs cordes sensibles des spectateurs, et les comédiens abordent sur scène, avec leurs sketchs, des sujets qui les rejoignent et qui les font rire et aussi réfléchir.
« C’est sûr que je suis heureuse de participer à un spectacle qui cherche à entrelacer les gens, les enchevêtrer, parce qu’on est isolés dans nos mêmes désirs et nos mêmes espoirs, ajoute Isabelle. Nous, la gang des Éternels, on aime aller vers les gens et après les spectacles, il y a souvent des rencontres. C’est toujours intéressant, bien sûr, quand ils ont apprécié, mais même quand les gens ont des positions critiques, parce que ça amène souvent la discussion plus loin. C’est ça, le but de l’art, soit de placer les gens dans des postures où ils se reconnaissent, et où ils n’avaient pas pensé se reconnaître. Ça fait que dans la vie, il me semble que l’idée d’avancer, de se déplacer intérieurement, si l’on veut, est intéressante. »
« On parle entre autres de notre place dans l’univers, ce qu’on fait sur terre, m’a confié Marie. Il est question aussi de la dépendance aux réseaux sociaux qui fait que l’on se déconnecte de la réalité, précise Marie. Le texte de Pierre-Michel Tremblay touche à tout ça, et on rit et on réfléchit en même temps. J’ai l’impression qu’on a besoin de ça en ce moment, autant comme acteur, mais aussi comme public. On a besoin de se connecter à ces valeurs-là, ces questions-là, de comprendre et de voir qu’on n’est pas tout seul à se poser ces questions. Je pense que c’est la force d’une pièce de théâtre, d’être en communauté, de regarder ce que les autres sont, ce qu’ils font, ce qu’on est, ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas. Quand les gens restent sur place après le spectacle pour discuter avec nous, il y a eu des moments touchants d’entendre comment ils avaient reçu la pièce. Ça, c’est très précieux », ajoute Isabelle.
Comme le précisait Marie Charlebois, Christian, Isabelle et Pier Paquette ont toujours autant de plaisir à travailler ensemble, et il est plutôt rare de voir une troupe durer aussi longtemps. Avec justesse, on peut lire sur le site des Éternels Pigistes : « Au fil des ans, la troupe a su s’imposer comme un acteur majeur du théâtre québécois, offrant des productions de qualité et contribuant à l’enrichissement de la scène culturelle québécoise et canadienne. »
« C’est assez incroyable qu’on joue encore ensemble. Isabelle Vincent et moi, on était dans la même cohorte à l’École nationale de théâtre, on se connait depuis 1982. Ça ne nous rajeunit pas ! »
Nous pourrons voir Marie Charlebois dans la série Alertes au cours de cette nouvelle saison. « C’est un beau rôle, on pense qu’elle est gentille, mais finalement, elle est assez tordue. C’est fascinant de naviguer dans des personnalités dont la nature humaine est très complexe, c’est passionnant d’aller fouiller là-dedans et de comprendre pourquoi les gens sont méchants et pourquoi ils sont violents. » Quant à Isabelle Vincent, elle commence à répéter en octobre la pièce Cercle miroir et transformation, qui sera présentée à l’Espace Go à compter de la mi-janvier.
Notez qu’en principe, il s’agit des dernières représentations de Flambant nue, mais Isabelle Vincent m’a confié qu’ils aimeraient beaucoup avoir l’occasion de présenter la pièce à Montréal l’été prochain.

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