Suzanne Clément est une formidable actrice qui, au cours des dernières années, nous permet d’apprécier son grand talent alors qu’elle se glisse dans la peau de l’urgentologue Emmanuelle St-Cyr dans la série Stat. On aura l’occasion de la découvrir dans un tout autre registre, à compter du 25 septembre, dans le film Pauline Julien : femme pays.
Suzanne incarne la célèbre chanteuse, poète et militante, décédée le 1er octobre 1998 à l’âge de 70 ans. La réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette n’aurait pu faire un meilleur choix pour défendre cette femme à la fois passionnée et passionnante. La comédienne confie s’être bien préparée avant le tournage de cette production. « J’ai fait des recherches sur ce que Pauline a écrit, les chansons qu’elle a écrites, et les livres qui portent sur son histoire d’amour avec Gérald Godin, dont La renarde et le mal peigné (Fragments de correspondance amoureuse 1962-1993), dans lequel on retrouve des extraits des lettres qu’ils s’échangeaient. Pauline a aussi écrit un livre vers la fin de sa vie. J’ai aussi pu consulter des extraits de ses journaux personnels, et je dois dire que ça m’a donné beaucoup accès au foisonnement qui l’habitait. C’était vraiment quelqu’un qui se remettait constamment en question. Je pensais que moi, je me remettais en question, mais là, c’était un autre niveau. C’est magnifique aussi pour une femme de cette époque-là de remettre en question tout ce qui appartient au domaine de la convention sociale qu’une femme doit être, ou comment elle doit se comporter, même à travers le mariage. Elle a vraiment fait éclater toutes ces normes et ces barrières-là. »
Bien sûr, puisqu’elle a été appelée à jouer le rôle d’une chanteuse, Suzanne avoue avoir suivi des cours de chant avec deux professeurs pour bien s’imprégner du personnage et connaître son univers. « Même si je ne chantais pas, je me suis dit que le travail, la vie d’une chanteuse, c’est de chanter », confie-t-elle. D’ailleurs, dans le film, il y a des scènes où vous allez entendre Suzanne chanter dans la peau de Pauline Julien.
« Ce qui a été aussi intéressant, c’est qu’elle a dû changer de musiciens, et parfois, c’était contre son gré parce qu’il y avait un musicien qui partait et il fallait alors qu’elle se réadapte. Son day to day, c’était de chanter, d’apprivoiser une chanson et le côté vocal, l’interprétation, et ce que cette chanson signifiait pour elle. Selon qui t’accompagne, il y a des choses qui changent aussi, alors j’en ai fait le plus possible pour me mettre dans cet univers musical. »
Pauline Julien était une femme de convictions qui n’avait pas la langue dans sa poche. Pour elle, c’était un devoir d’exprimer haut et fort ses idées. C’était une battante, une femme libre, déterminée, qui aimait relever des défis, comme celui d’écrire des chansons. En un sens, lorsque je fais remarquer à Suzanne que la femme qu’elle est a des liens communs avec Pauline Julien, elle répond : « Elle était beaucoup plus politisée que moi, je pense, et beaucoup plus impliquée socialement. Pauline, elle me fait beaucoup penser à Anaïs à ce point de vue-là. S’impliquer dans des causes, se positionner publiquement, elle va aller faire une manifestation quelque part, elle a vraiment cet aspect-là en elle. Tandis que moi, je suis touchée par des causes et à travers mon métier aussi, et parfois je vais participer à une affaire ou l’autre, mais pas comme Pauline qui faisait des levées de fonds pour les gars qui étaient en prison à cause de leur implication avec le FLQ. J’ai creusé beaucoup plus toute l’histoire de ces années-là, j’ai regardé des documentaires. Toute cette génération de gens qui avaient une pensée, qui cherchaient à construire un projet social avec, en dessous de ça, des vraies valeurs et des convictions. C’est vraiment une génération marquante. Et disons que Pauline et Gérald en sont de bons emblèmes, et il y a eu aussi René Lévesque, évidemment, Jacques Parizeau, Mme Marois. Mais pour répondre à ta question, si on parle d’une certaine forme de liberté, ça oui, c’est dans ma façon de vivre, comme elle je pense », souligne Suzanne.
« Pauline et Gérald vivaient une forme de liberté dans leur couple, dans leur relation, ajoute-t-elle, à une époque où ce n’était pas à la mode. Cela l’est devenu à un moment donné durant les années 1960, il y a eu la liberté sexuelle. Il faut savoir aussi que Pauline a quitté son mari quand elle était âgée de vingt ans, je pense. Et puis elle était à Paris à une époque, et elle avait un amant qui était un sculpteur allemand. Elle l’a beaucoup aimé, mais en même temps, c’était difficile avec lui parce qu’elle était rarement apaisée dans cette relation. Quand elle a rencontré Gérald, poursuit la comédienne, elle était encore amoureuse de l’autre, mais après cela, ça s’est transformé. Elle écrivait d’ailleurs dans ses journaux : « Mon idéal, c’est que les enfants soient avec leur père, Jacques Galipeau l’hiver au Québec. Moi, je passerais tout ce temps-là en Europe et j’irai les voir l’été. »
Patrice Dubois incarne Gérald Godin au grand écran, qui a été le compagnon de vie de Pauline Julien durant trente-trois ans. La chimie entre les deux interprètes a été instantanée et elle se sent au grand écran.
« Je suis contente parce qu’on a une belle complicité, Patrice et moi. C’est fabuleux ce qu’il a fait, ça en est même confondant par moments. On était bien ensemble, tout en étant deux personnes vouées à ce que cette oeuvre-là, ces gens-là, ces humains-là qu’on admire, soient bien montrés à l’écran. C’était notre priorité, on l’a faite ensemble et on s’est soutenus parce que parfois, on a tourné quand même rapidement, et ça nous a aidés parce qu’il y a une fougue dans ce film-là. Quand on tourne sur trois époques, avec des scènes extérieures, en trente jours, je crois, et en plus je chantais. Patrice a eu une grande générosité envers mois, peut-être à l’imge de ce que Godin pouvait avoir parfois pour Pauline, même si à d’autres moments, il était quand même un sacré coureur de femmes. »
Coup de cœur pour la réalisatrice
Suzanne en était à une première collaboration avec la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette, et elle dit avoir eu un gros coup de cœur pour elle.
« À tous points de vue, je trouve qu’Anaïs a un grand charisme. C’est une immense force de vie. Ce n’est pas pour rien qu’elle a eu envie de parler de Pauline. Anaïs a été en plus un modèle pour moi pour incarner Pauline. Il y a toujours une adaptation quand on ne connaît pas la façon de travailler quelqu’un, et Anaïs, c’est une personne de pulsion, beaucoup, et de ressenti. À tout point de vue. C’est l’une des qualités du film, selon moi : c’est l’attention aux acteurs, aux personnages, et aussi à la nature. C’est le ressenti sous toutes ces formes : l’odorat, les sens et même l’intuition. Elle est dans le moment, Anaïs, et ça été un tournage foisonnant, épique et drôle. On a aussi beaucoup ri parce que moi, quand je stresse, ça sort. Ça été merveilleux de pouvoir partager ça, et qu’elle puisse prendre aussi mon brin de folie, parce que ça appartient au rôle aussi, et au tournage. On a eu une belle complicité à plusieurs niveaux, et j’espère vraiment qu’elle va demeurer une amie », confie-t-elle.
Et encore au sujet de Pauline Julien, dont elle pourrait parler durnt des heures, Suzanne ajoute : « Elle avait des idéaux, des ambitions, des grands désirs, et elle a été habitée par ça longtemps. Elle a commencé son métier à Paris, dans les boîtes à chansons ; elle se promenait en vélo d’une boîte à l’autre, puis elle a été attachée à cette idée-là de ce qu’elle voulait faire de sa vie. Dans ce sens-là, ayant vécu en France durant dix ans, ça me parlait beaucoup d’avoir aussi ce rêve français aussi, cette grande culture et tradition artistique aussi. »
Un personnage qu’elle aime beaucoup
Bien sûr, mis à part ce film, le public a eu le plaisir début septembre de retrouver Suzanne dans la peau d’Emmanuelle St-Cyr. « Je suis en tournage sur Stat avec un horaire beaucoup plus allégé. C’est notre deuxième année, c’était merveilleux de faire la quotidienne, mais trois ans (sur une quotidienne), c’était parfait. En ce moment, j’apprécie mon mode de travail avec Julie (Perreault) qui est formidable à la réalisation. Et puis, j’ai pu voir l’été un peu, parce qu’on a commencé tardivement, et c’est vraiment un horaire très agréable. Je suis enchantée en ce moment. »

A l’instar de Pauline Julien qu’elle incarne au grand écran, qui faisait souvent la navette entre Montréal et Paris, Suzanne a-t-elle des projets de cinéma dans ses tiroirs ? « Non, pas tout de suite. Il se peut qu’il y ait des choses, mais plus en fin d’année ou au début de 2027. Il n’y a rien de confirmé au moment où l’on se parle.
Mine de rien, Suzanne Clément compte un peu plus de trente ans de carrière à titre de comédienne, mais elle n’est pas du tout nostalgique et du genre à repenser à tout ce qu’elle a fait. « Je n’ai jamais pensé à ça, je suis tellement dans le présent ! On dirait qu’il n’y a rien qui est acquis, il n’y a rien qui est fini, mais je réalise que je suis encore passionnée. J’ai encore plein de passion pour mon métier, c’est débordant et je me trouve chanceuse, ajoute celle qui s’est véritablement fait connaître du grand public lorsqu’elle a été la vedette de Les hauts et les bas de Sophie Paquin. Aujourd’hui, quand je lui confie qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui n’aimerait pas se faire soigner par la Dr Emmanuelle St-Cyr qu’elle incarne, elle éclate de rire. « Ça m’est arrivé d’avoir ce compliment-là, parce que c’en est un ; c’est un projet qui m’a étonnée tellement ça m’a intéressée. Avant de faire Stat, je n’aurais pas dit que ce serait un coup de cœur pour moi de jouer un médecin. C’est comme s’il y a tout un côté de moi qui s’est révélé à moi-même, l’aspect de s’intéresser à l’humain et au corps humain. Aussi, c’est sur que les urgentologues, ce sont des gens d’adrénaline, c’est comme si leurs cerveaux étaient à mille places en même temps, autant dans les dosages des médicaments, les codes, et il faut toujours qu’ils continuent de s’éduquer. Ils ont aussi un nombre d’heures de lecture à faire, ils sont en perpétuel travail dans leur métier , dit-elle, ajoutant que parfois, comme son camarade et ami Jean-Nicolas Verreault, ils ont parfois le réflexe, dans la vie, de se retremper dans leurs personnages. Quand quelqu’un nous dit quelque chose, qu’il ne va pas bien, on lui demande quels sont ses symptômes, dit-elle en éclatant de rire. C’est une position agréable à avoir, celle de la connaissance. »
L’année 2025 aura été chargée pour la comédienne, avec les tournages de Stat et du film sur la vie de Pauline Julien. « L’an passé, j’ai vécu l’intensité à aller tourner « Pauline », et après ça, j’ai eu beaucoup de temps à moi, je suis partie en voyage, et je devais même faire un projet en France, mais je me suis désistée. Le voyage, c’était pour digérer doucement le deuil de mes parents, alors que j’ai tellement travaillé ces dernières années. »
Après avoir perdu son père, la comédienne a dû faire le deuil de sa mère. « Elle a demandé l’aide médicale à mourir, elle avait l’Alzheimer, alors pendant que j’étais en voyage, j’ai pensé que c’était bien que je continue à voyager seule. Je me suis régalée de pays formidables, et il y a des choses qui remontaient en moi, et j’ai eu le temps de les accueillir », précise-t-elle.
Suzanne Clément : une belle carrière et des rôles marquants
En 1995, elle tourne son tout premier film en apparaissant dans Le confessionnal de Robert Lepage. Puis, on la voit entre autres dans L’audition de Luc Picard, C’est pas moi, je le jure! de Philippe Falardeau, et elle fait ensuite trois films réalisés par Xavier Dolan : J’ai tué ma mère, Laurence Anyways et Mommy.
Suzanne a également travaillé sur de nombreuses productions étrangères, notamment en France, depuis le milieu des années 2010. À la télévision, elle fait ses débuts à la télévision dans la série jeunesse Les transistors, diffusée à la fin de 1982. « Je devais avoir 11 ou 12 ans à ce moment-là », dit-elle. De 1992 à 1996, on la voit dans Watatatow!, puis après être apparue dans plusieurs séries québécoises et téléromans, elle incarne Sophie dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin, de 2006 à 2009, puis Shandy durant une saison, dans Unité 9. Enfin, en septembre 2022, elle est devenue l’urgentologue Emmanuelle St-Cyr dans la quotidienne Stat, qui est présentée depuis septembre 2025 de façon hebdomadaire.
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