Rien ne prédestinait Michal Sniecinski à la culture du cannabis jusqu’à ce que le Gouvernement Trudeau légalise la substance en octobre 2018. Même que la carrière du résident de Lorraine dans les Laurentides l’avait amené jusque-là dans des domaines totalement différents. Loin de l’entreprise Harmonia World qu’il dirige aujourd’hui et qui produit annuellement quelque 1,4 million de grammes de cannabis à des fins médicale et récréative.

L’avant Harmonia World.

Dans les faits, c’est surtout dans l’univers des métaux que l’homme de 57 ans a fait carrière. « J’ai travaillé pendant plusieurs années dans des fonderies, soit dans le domaine de l’automobile ou d’autres » raconte-t-il.  « J’ai aussi été responsable des matériaux de fonderies en aérospatial, par exemple pour Bell Helicopter de Mirabel, pendant une dizaine d’années. J’ai relevé de beaux défis, mais, à un moment donné, mon but ultime était de partir à mon compte. J’ai quitté Bell Helicopter pour devenir représentant technique pour des fonderies, souvent en Italie ou aux États-Unis. Je me spécialisais surtout dans des matériaux exploités dans un environnement de haute corrosion avec des écarts de température extrêmes. Soit, par exemple, entre 110 degrés et -140, mettons. Ça allait bien. J’ai fait cela pendant une dizaine d’années (de 42 à 52 ans) à titre de travailleur autonome ».

La Légalisation

Puis est arrivé le changement de cap, sous l’impulsion d’une décision gouvernementale qui était dans l’air depuis plusieurs années déjà. « L’opportunité s’est présentée avec le gouvernement canadien quand Justin Trudeau a légalisé le cannabis » note Michal. « Au départ, j’étais juste curieux de voir comment ça allait se développer. Ce qui a le plus suscité ma curiosité, c’est le fait que la plus grosse révolution du domaine agricole, ça a été le soya dans les années 60-70. Je lisais sur les défis de l’époque de non seulement exploiter le soya, mais également en faire la mise en marché et le faire accepter socialement. Aujourd’hui, ça fait partie du quotidien. Pourtant, au début il fallait savoir relever les défis pour faire connaître le soya. Alors, je me suis dit : le cannabis était illégal jusque-là, mais, là, on le rend socialement acceptable … Si bien que, dans son esprit, avec le prix du cannabis à ce moment-là, avec un bon plan d’affaire, la fortune était pratiquement à mes pieds.  C’est ce que j’ai fait ». Restait à trouver le financement, en plus de ses économies que Michal Siencinski investissait dans le projet, persuadé de la qualité de son plan d’affaires. Ce qui allait provenir de cinq autres investisseurs.

Le prix qui dégringole

Il faut par contre préciser que le début de l’aventure s’est soldé bien différemment de ce que les actionnaires d’Harmonia World avaient prévu. « Notre plan d’affaires avait été fait avec un prix de 5.50 $ le gramme de cannabis. À la fin de l’année dernière, on vendait notre cannabis à un prix variant entre 1.25 et 1,40 $ le gramme ». Il aura donc fallu prendre les décisions qui s’imposaient. « Au mois de février de l’année dernière, j’avais 12 employés. Ça n’allait pas bien. Il a fallu que je coupe 70 % de mon personnel. Maintenant, ça va bien sur tous les aspects d’affaires. On produit plus. Il y a moins de perte de temps. On commence à sortir du trou après quatre ans ». C’est aussi sans compter que « les six partenaires, nous étions néophytes dans le cannabis. On s’est entourés d’une excellente équipe de spécialistes dans le domaine, mais on pouvait juste se fier sur ce qu’ils nous disaient. C’était difficile, parce qu’il y avait toujours une bonne raison pour trouver l’erreur dans notre production. On n’a pas eu le choix, je me suis impliqué les deux mains dedans afin de bien comprendre le processus et ainsi trouver le moyen de régler notre problème d’efficacité » d’indiquer Michal.

Un contexte avantageux

Par ailleurs, on est en droit de se demander si Harmonia World aurait survécu aux fluctuations du marché du cannabis si ses responsables n’avaient pas pu compter sur un contexte avantageux.

« Le mot clé dans le domaine du cannabis, à part la qualité, c’est l’efficacité. C’est la raison pourquoi on est partis au Québec. La base première des coûts, à part le salaire des employés, c’est l’énergie; c’est-à-dire l’électricité. Il n’y a pas un endroit dans le monde où l’électricité coûte moins cher qu’au Québec … Ce qui fait qu’on part avec un avantage. Quand on envoie 200 kilos de cannabis en Europe, même avec les frais d’avion, les frais de permis export-import, les frais de douanes, ça revient moins cher pour l’Européen d’acheter du cannabis au Québec que de le faire sur place ».

Outre à la Société québécoise du cannabis (SQDC), Harmonia World vend son cannabis à d’autres producteurs qui ont de la difficulté, en Colombie-Britannique, Saskatchewan et Ontario Toronto, entre autres et, bien sûr en Europe.

En hauteur

Harmonia World, se targue de produire un cannabis haut de gamme issu d’un processus de culture innovateur.  Concrètement, à l’usine de Saint-Roch-de-l’Achigan dans la région Lanaudière dans laquelle a été investi au départ plus de 4 millions $ en transformations du bâtiment existant pour l’adapter aux besoins de l’entreprise. Les choses sont faites différemment comme l’explique le président de Harmonia. « On exploite le pied carré sur trois étages. La majorité des autres producteurs alimentent avec la machinerie un plancher de 500 plants, ce que nous faisons, avec la même machinerie 1 500 plants ». En respectant les conditions particulières qu’impose le type de culture du cannabis que réalise l’entreprise. « Le plus important c’est l’environnement. Il faut de l’air propre, toujours à la même température partout dans la pièce et avec une humidité relative égale sur toute la superficie pour donner une atmosphère idéale pour les plantes ».

L’avenir

Quant à savoir comment Michal Siencinski entrevoit l’avenir, la prudence apparaît le mot d’ordre. « C’est encore difficile. Il y a des centaines de producteurs qui ont fait faillite. Il reste environ 70 producteurs au Québec et sur ça il y en a une trentaine qui sont en situation précaire. Pour notre part, il a fallu réinjecter de l’argent afin de survivre … Il faut faire attention, parce que le marché noir continue à maintenir des prix à la baisse. On ne peut pas trop élever nos prix, parce que le consommateur va se retourner et va aller au coin de la rue pour se procurer son cannabis ».

 

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